Etudes et recherche

« Sell in may and go away ». « Octobre est un des plus mauvais mois pour jouer en Bourse. Les autres sont : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février », ironisait le romancier américain Mark Twain. Au-delà de la boutade, il est vrai que certains mois ont acquis une mauvaise réputation. Le mois de mai est sans conteste l’un de ceux (avec octobre) qui a le plus terni la sienne.

« Mai est tout simplement le mois des ponts, donc nécessairement marqué par une baisse d’activité propice au repli, expliquait André Dessot, journaliste au Monde. C’est aussi le mois des émissions de toutes sortes, avec l’inévitable détournement de capitaux que ce phénomène entraîne. Souvent aussi, en France du moins, les grèves fleurissent en ce milieu de printemps. Bref, mai cumule des handicaps, non seulement à Paris, mais sur toutes les grandes places étrangères ».

A la City (le quartier financier de Londres), un dicton assure : « Sell in may and go away, and buy back on the Derby day. » Traduction : en mai, prenez vos bénéfices et rachetez le jour du derby d’Epsom (le premier samedi de juin). D’où une forme de syndrome à répétition, auquel la Bourse de Paris échappe rarement.

Le fait est que le cinquième mois de l’année concentre un nombre impressionnant de fêtes nationales ou religieuses. Entre la fête du travail (le 1er) et les fêtes mobiles comme l’Ascension (quarante jours après Pâques) et la Pentecôte (célébrée le septième dimanche après Pâques), il se passe rarement une semaine sans que les opérateurs fassent le pont, c’est-à-dire chôment entre deux jours fériés.

En plus, mai est effectivement le mois des appels au marché : augmentations de capital, émissions d’obligations à bons de souscription d’actions, emprunts convertibles… Toute une batterie de produits financiers qui assèchent les liquidités disponibles et freinent le marché dans sa course au sommet.

Enfin, mai semble bien se prêter aux mouvements d’humeur de toutes sortes. Serait-ce le printemps et ses conditions climatiques plus favorables ? Toujours est-il que ce mois n’est pas exempt de troubles sociaux. Outre le 1er du mois, traditionnellement ouvert aux démonstrations de force des syndicats, les opérateurs gardent toujours en mémoire les événements de mai 68 (peut-être à l’origine de cette psychose).

De fait, certains mois de mai laissent un triste souvenir aux investisseurs. Mais, à y regarder de plus près, l’analyse statistique ne valide pourtant pas l’hypothèse. Depuis une cinquantaine d’années, il y a eu, en effet, autant de mauvais mois de mai que de bons à la Bourse de Paris. Le « qui n’encaisse pas en mai est plumé avant l’été » serait donc l’un des rares proverbes boursiers à relativiser…

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