Les points sur les i

La réponse de Suez porte atteinte aux règles applicables aux offres publiques, selon l’AMF. L’Autorité des marchés financiers a été saisie par Veolia d’un projet d’offre publique visant les actions Suez, libellé à 18 € par action, pour lequel Suez doit déposer auprès de l’Autorité un projet de note en réponse, afin que cette dernière puisse statuer sur le projet déposé. Dans ce cadre, l’Autorité a examiné le communiqué intitulé « Suez propose une solution négociée à Veolia soutenue par une offre ferme Ardian-GIP » diffusé par Suez le 21 mars 2021 ainsi que le communiqué d’Ardian du même jour intitulé « Ardian et GIP ont remis une offre ferme visant à soutenir la création d’un nouveau Suez dans le cadre d’une solution négociée ».

L’Autorité note que ces communiqués du 21 mars 2021 font référence à une offre ferme du consortium Ardian-GIP et mettent en avant, sans réelles précisions sur le périmètre des actifs concernés, une valorisation de 20 € par action qui ne correspond pas, en réalité, à un prix ou une valeur que les actionnaires de Suez seraient en mesure de recevoir ; qu’une telle information diffusée, alors que Suez est en période d’offre, ne contribue pas à la bonne information des investisseurs.

Dans ce contexte, l’Autorité des marchés financiers relève :

― que, d’une part, la « solution négociée avec le consortium » Ardian-GIP soutenue par le conseil d’administration de Suez, pour laquelle le consortium a remis une « offre ferme », couvre des actifs représentant plus de la moitié du chiffre d’affaires actuel du groupe Suez et comprend notamment les actifs « Suez Eau France » ; que, d’autre part, le consortium indique qu’il « pourrait considérer le dépôt d’une offre publique sur l’intégralité du capital de Suez » au prix de 20 € par action Suez, dans l’hypothèse où Veolia renoncerait à son offre publique actuelle, sous certaines réserves dont « une due diligence sur le reste du groupe » ; qu’il en résulte que le consortium se place de fait, avec l’appui de la société visée par l’offre, qui lui a octroyé un engagement d’exclusivité, dans une situation de compétition avec la société Veolia, initiatrice d’une offre publique visant les actions Suez ; qu’enfin Suez a modifié le dispositif d’inaliénabilité de la fondation, ce qui a pour effet de permettre les cessions précitées au profit du consortium Ardian-GIP ;

― qu’en outre – quand bien même la fondation pourrait être désactivée si un accord est trouvé avec le conseil d’administration de Suez avant le 20 avril 2021, ou automatiquement avant le 5 mai 2021 si une offre est stipulée à un prix au moins égal à 22,50 € par action Suez – de telles conditions posées par Suez ne sont susceptibles de permettre la désactivation de la fondation que dans des cas limitatifs et contraints, imposant en particulier à Veolia soit d’adhérer au schéma promu conjointement par Suez et le consortium Ardian-GIP, lequel prévoit, outre le relèvement du prix de l’offre de Veolia, un transfert significatif d’actifs au profit du consortium, dans le cadre d’un projet de fait concurrent, soit de déposer une offre publique au prix minimum de 22,50 € par action arrêté par le conseil d’administration de Suez avant que l’expert indépendant mandaté n’ait remis son rapport.

La recherche d’une solution négociée entre les parties est tout à fait légitime mais elle doit respecter les principes de transparence et d’intégrité du marché, de loyauté dans les transactions et la compétition, ainsi que du libre jeu des offres et de leurs surenchères. L’AMF considère au regard de ce qui précède que les modifications que la société Suez a apportées au dispositif de la fondation de droit néerlandais, combinées au soutien à la proposition du consortium Ardian-GIP négociée par le conseil d’administration, portent atteinte à ces règles et principes directeurs que l’AMF a pour mission de faire respecter.