Feu à l'orange

Rachat de Monsanto par Bayer : Bruxelles ouvre une enquête approfondie. Le projet d’acquisition de l’américain Monsanto par l’allemand Bayer entraînerait la création de la plus importante entreprise intégrée du monde dans les secteurs des pesticides et des semences. Elle regrouperait deux concurrents possédant de vastes portefeuilles dans les domaines des herbicides non sélectifs, des semences et des caractères agronomiques, et de l’agriculture numérique. En outre, l’opération aurait lieu dans des branches d’activités déjà concentrées au niveau mondial, comme le montrent les concentrations récentes entre Dow et Dupont et entre Syngenta et ChemChina, dans lesquelles la Commission européenne est intervenue pour préserver la concurrence dans l’intérêt des agriculteurs et des consommateurs.

La Commission craint, à titre préliminaire, que le projet d’acquisition ne réduise la concurrence sur un certain nombre de marchés différents et n’entraîne ainsi une hausse des prix, une baisse de la qualité, une réduction du choix et un recul de l’innovation. L’entité issue de la concentration détiendrait non seulement le plus grand portefeuille de pesticides, mais serait également l’acteur le plus puissant sur les marchés mondiaux des semences et des caractères agronomiques, devenant ainsi la plus grande entreprise intégrée dans cette branche d’activité.

La Commission approfondira son enquête pour déterminer si l’accès des concurrents aux distributeurs et aux agriculteurs est susceptible de devenir plus difficile dans le cas où Bayer et Monsanto viendraient à grouper ou à lier leurs ventes de pesticides et de semences, notamment avec l’avènement de l’agriculture numérique. L’agriculture numérique consiste à récolter des données et des informations sur les exploitations agricoles dans le but de fournir des conseils individualisés et des données agrégées aux agriculteurs. Aussi bien Bayer que Monsanto investissent actuellement dans cette technologie émergente.

Le 31 juillet 2017, Bayer et Monsanto ont présenté des engagements afin de répondre à certaines préoccupations exprimées à titre préliminaire par la Commission. Celle-ci a toutefois estimé que ces engagements ne suffisaient pas à dissiper clairement ses doutes sérieux quant à la compatibilité de l’opération avec le règlement de l’UE sur les concentrations. Elle n’a dès lors pas consulté les acteurs du marché à leur sujet. Compte tenu de la portée mondiale des activités de Bayer et de Monsanto, la Commission coopère étroitement avec d’autres autorités de concurrence. L’ouverture d’une enquête approfondie ne préjuge toutefois pas de l’issue de la procédure.